L’approche des catastrophes industrielles tend à évoluer à partir du milieu du XXème siècle : le facteur humain et organisationnel prime sur la défaillance technique dans la compréhension et l’analyse des accidents. Peu à peu, les organisations vont dépasser l’ère technique et s’orienter vers des solutions organisationnelles pour garantir la sécurité industrielle. Le naufrage de l’Amoco Cadiz, Bhopal, L’explosion du silo de Blaye, AZF, L’accident de Ghislenghien, l’explosion de l’Imperial Sugar ont contribué à familiariser le risque au sein de nos sociétés. Le concept de réduction plutôt que de contrôle des dangers émerge, soutenu notamment par l'ingénieur chimiste britannique Trevor Kletz .

26.04.2021

Le risque devient désormais un outil stratégique, l’objet d’inquiétudes portées par le champs politique et le point de départ des préoccupations écologiques modernes. 

Retrouvez le premier volet de cette série
 


Le naufrage de l’Amoco Cadiz (Finistère, 1978) 

La 16 mars 1978, dans le Nord du Finistère, le naufrage du pétrolier supertanker de l’Amoco Cadiz provoque l’une des plus grandes marées noires de l’Histoire. En provenance d’Arabie Saoudite et en route pour Rotterdam, le navire est en difficulté suite à une panne de gouvernail et à des incidents météorologiques. Il viendra s’échouer sur les récifs en face de Portsall.
 En deux semaines, ce sont 227 000 tonnes de pétrole qui s’échappent dans la mer et qui finissent par polluer 400 kilomètres de côtes.La tempête en cours paralysa le pompage du navire qui perdit 90 % de sa cargaison avant de se briser en deux. Toujours en cause, les conditions météorologiques empêchèrent le pompage des nappes d’hydrocarbure en mer et des dispersants seront finalement utilisés afin de diluer le pétrole et de tempérer les dégâts. A terre, la Marine, l’armée de terre et les pompiers sont envoyés en renfort. La mobilisation citoyenne et les paysans aident au nettoyage des côtes. Près d’une décennie aura été nécessaire à la faune et à la flore pour se régénérer. 
Cette catastrophe a abouti à l’évolution du plan Polmar, déclenché en cas de pollution marine accidentelle. Ce dispositif coordonne le personnel et mobilise les moyens de lutte contre la pollution et de remise en état de l’environnement. En amont, il prévoit la formation des collectivités locales et régit le stockage de matériels. 
Un rail de navigation est mis en place au large de l’île de Ouessant, contraignant les navires transportant des matières dangereuses à passer à 50km des côtes et un remorqueur y est affrété spécialement.Le Conseil et expertise en pollutions accidentelles des eaux (CEDRE), centre de ressources, de formation, d’analyses, de recherche et d’expertise en gestion de crise, est créé.
La Manche devient une « zone spéciale » où les rejets en mer sont interdits.
Depuis, les directives nationales et européennes imposent une étude régulière du littoral.


L’accident de l’usine chimique de Bhopal (Inde, Madhya Pradesh, 1984) 
 

La tragédie de Bhopal qui a provoqué la mort et l’intoxication de milliers de personnes est considérée comme l’une des pires catastrophes industrielles de l’Histoire.
Dès 1973, Union Carbide Corporation (UCC) décide d’importer son unité de production de Sevin, pesticide sûr mais aux composants instables, à Bhopal. L’entreprise considère l’Inde comme un marché porteur. 
Une série de défaillances retrace la genèse de la catastrophe. 
Le Foreign Exchange Regulation, voté cette même année favorise la nationalisation des technologies importées de l’étranger.Face à cette loi, UCC choisira d’implanter une technologie dégradée et moins fiable afin de se prémunir d’une potentielle nationalisation. L’entreprise devra également composer avec d’importantes pertes financières après la crise économique indienne de 1983 et le licenciement consécutif de 200 ouvriers spécialisés. 
Le 3 décembre 1984 à minuit, une infiltration d’eau dans une cuve contenant du méthyl isocyanate (MIC) provoque une surchauffe du produit, menant à l’ouverture des évents de sécurité et l’émission à l’atmosphère d’une quantité importante de MIC (entre 20 et 40 tonnes), produit hautement toxique. Des barrières de sécurité avaient été prévues : alarme de température haute, laveur de gaz de neutralisation, réfrigération de la cuve, ainsi qu’une torchère pour brûler les effluents. Mais comme le site se trouvait dans un état proche de l’abandon, aucune de ces barrières n’était en service au moment de l’accident.
La proximité immédiate de l’exploitation avec les habitations, les conditions météo défavorables et l’absence de plan d’urgence ont contribué à alourdir largement le bilan de la catastrophe. Le nombre de morts reste controversé : 3 828 selon le gouvernement indien et 25 000 selon l’UNICEF. La masse de personnes touchées par des maladies chroniques et des malformations des suites de la catastrophe ne peut également pas être quantifiée avec précision. Quatre ans après la tragédie, la Cour Suprême indienne condamnera UCC à verser 470 millions de dollars de dommages et intérêts. A la pollution issue de la catastrophe industrielle s’ajoutent les répercussions des déchets toxiques enfouis auparavant par l’exploitant qui contaminent les nappes phréatiques encore aujourd’hui.

Cet accident, 12 ans après celui de Seveso, a contribué à accélérer la mise en place de la réglementation internationale sur la prévention des accidents industriels majeurs, dont les directives européennes SEVESO.


L’explosion du silo de Blaye (Gironde, 1997) 

Le mercredi 20 août 1997, un silo de céréales d’une coopérative du port de Blaye en Gironde explose et tue 11 personnes. 

Le silo qui datait de 1971 était constitué de 44 cellules en béton et stockait 37 150 tonnes de céréales. Les opérations de maintenance – à savoir le remplissage et la vidange de certaines cellules – ajoutées à la fermentation des grains et aux poussières en suspension ont contribué à la création d’une atmosphère inflammable. L’explosion toucha les bureaux à côté du silo, provoquant la mort des salariés se trouvant à l’intérieur. Un pêcheur à proximité fut également retrouvé après le sinistre. 
Cet accident intervient 14 années après l’arrêté publié par le Ministère de l’Environnement renforçant la sécurité de stockage des céréales qui prévoyait notamment l’éloignement des locaux des employés et des silos. Or, l’exploitation de Blaye bénéficiait du régime d’antériorité par rapport à cette réglementation.

Une mission d'inspection spécialisée de l'environnement rédigea en mars 1998 un rapport qui aboutit à « l’arrêté silo » du 29 juillet 1998. Cette mise à jour fixe les nouvelles obligations d’études de danger, d’éloignement des locaux occupés par des tiers et des personnes non indispensables et de conception – via notamment la mise en place d’évents de surpression. Il actualise également les délais de mise en application aux installations.


L’accident de l’usine chimique AZF de Toulouse (Haute-Garonne, 2001) 


L’explosion du rebut de 300 tonnes de nitrate d’ammonium de l’usine d’engrais AZF, le 21 septembre 2001 tua 31 personnes et conduisit à des milliers d’hospitalisations. D’une violence inouïe, l’équivalent d’une magnitude 3.4 sur l’échelle de Richter, elle laissa derrière elle un cratère de 7 mètres de profondeur. 
Le rapport d’enquête final présenté aux parties civiles soutient la thèse de l’accident chimique.
Il conclut qu’un mélange de quelques dizaines de kilos de Dichloroisocyanurate de sodium (DCCNa) et de 500 kg de nitrate d'ammonium déversés sur le tas principal de nitrate aurait provoqué l’explosion.
Les habitants de Haute-Garonne seront confinés afin d’éviter les retombées négatives de la pollution post-accidentelle, les sites industriels voisins devront cesser leurs activités et 1 300 commerces seront déclarés sinistrés. Les habitations alentours seront également gravement endommagées et les estimations des dégâts s’élèveront à plus de 2 milliards d’euros. Les travaux de démantèlement et de dépollution du site sont également considérables et portent sur 100 millions d’euros. Le fleuve de la Garonne est également pollué par les effluents ammoniaqués qui s’y déversent.
Le scénario de l’explosion d’ammonitrate n’avait pas été envisagé par l’exploitant car considéré comme peu probable. Cette catastrophe a ainsi contribué à la diversification des scénarios, même peu plausibles, au sein des plans de secours et des études de dangers.

En réaction à l’explosion AZF, la Loi Bachelot du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages est édictée. 

Elle vise la reconnaissance du concept de risque technologique, instaure des zones à risques afin de contrôler l’urbanisation, via les plans de prévention des risques technologiques (PPRT), renforce la transparence de l’information donnée aux riverains et prévoit une meilleure sensibilisation des salariés et sous-traitants. 


L’accident de Ghislenghien près d’Ath (Belgique, Hainaut, 2004) 


Le 30 juillet 2004, une conduite de gaz haute pression enterrée sous le chantier d’une nouvelle usine explose. Le bilan est lourd :  24 personnes sont tuées et 132 autres blessées.

La conduite de gaz, appartenant à un transporteur, est heurtée par un engin de chantier au cours de travaux de construction de bâtiments d’usine à proximité immédiate. Dès 8h15, la fuite de gaz, dont on entend le sifflement, est signalée aux pompiers qui mettent en place un périmètre de sécurité.  Rapidement, des jets de gaz se forment, à 9h l’explosion a finalement lieu. La fuite de gaz aura donc duré 45min avant l’explosion, sans aucune intervention de l’opérateur. Depuis, la conception des canalisations a été améliorée et prévoit des dispositifs de vannes automatiques en cas de baisse de pression.

L'arrêté multifluide du 4 août 2006 rend obligatoire la révision des canalisations de gaz via la conduite d'études de danger et la pose de plaques PEHD afin de protéger les canalisations d’éventuelles agressions.

En France, la réglementation de l'exécution de travaux a été renforcée puisque la Déclaration d’Intention de Commencement des Travaux (DICT) à proximité des canalisations de gaz a été rendue obligatoire en 2018.


L’explosion d’Imperial Sugar (Etats-Unis, Géorgie, Port Wentworth, 2008) 

Le 7 février 2008, l’explosion de la raffinerie de sucre Imperial Sugar, causée par l’accumulation de poussières de sucre dans le bâtiment d’emballage, tue 14 personnes.

L’installation jugée vétuste, rencontrait d’importantes difficultés financières.  En septembre 2010, 44 poursuites avaient été engagées contre Imperial Sugar et son entreprise de nettoyage. En 2003, trois accidents mortels liés à l’inflammation de poussières avaient pourtant eu lieu aux Etats-Unis :  l’explosion d’une entreprise pharmaceutique (six personnes tuées), d’une usine de fabrication d'isolants en fibre de verre (sept tuées) et l'explosion d’une usine de pièces automobiles (une seule personne tuée).
Le rapport publié en 2004 par le Chemical Safety and Hazard Investigation Board – agence fédérale indépendante enquêtant sur les accidents chimiques industriels – fait état de 281 explosions de poussières combustibles entre 1980 et 2005. Ce même rapport met en avant la méconnaissance des risques liés aux explosions de poussières par les dirigeants et conclut sur l’insuffisance de la prévention.

Cette catastrophe a poussé le législateur américain à renforcer les standards en matière de prévention du risque d’explosion de poussières.


DEKRA, des compétences clefs pour la sécurité industrielle 

Grâce à l’expertise en animation HSE de DEKRA Industrial et via ses entités DEKRAProcess Safety et prévention en Grandes Industries, le groupe DEKRA offre une gamme complète de services afin de garantir la sureté industrielle à travers le monde. 
En proposant un encadrement QHSE et une assistance technique aux exploitants, DEKRA Industrial agit directement pour la sécurité des installations et pour le confort et la santé des collaborateurs. Nous répondons ainsi aux problématiques HSE et fournissons des prestations techniques ainsi qu’un conseil permanent dans les secteurs de l'industrie, de la construction et du tertiaire. 
DEKRA Process Safety est la branche internationale du groupe DEKRA offrant des missions d’expertise en sécurité des procédés industriels. Les trois grands domaines d’activité sont l’expertise (analyses de risques, expertises sur des problématiques d’explosions, analyses d’incidents etc.), l’acquisition de données de sécurité via nos laboratoires spécialisés et la formation.
DEKRA Process Safety accompagne les exploitants tout au long du cycle de vie de leurs process, de la R&D jusqu’à l’exploitation. 
Nous mettons ainsi à disposition des services de pointe pour l’identification, l’analyse et la prévention des explosions industrielles et des rejets chimiques accidentels.

Via notre entité Grandes Industries, dimensionnée pour répondre aux besoins des grands projets industriels et des grands comptes, nous assistons nos clients dans la maîtrise de leurs risques QHSE, tout au long du cycle de vie de leurs projets.
Grâce à l’activité Etudes et Projets Industriels, nous offrons une assistance technique dans les domaines de la santé et de la sécurité des personnes (analyse des risques design, conformité réglementaire, élaboration de modes opératoires etc.).
Nous œuvrons également pour la sécurité des procédés (études de risques type explosion, incendie, analyse des risques process de type HAZOP, AMDEC etc.). 

Nos ressources orientées industrie et nos nombreux retours d’expériences nous permettent de répondre aux principaux enjeux en termes de sécurité industrielle et de gérer des projets complexes en proposant la mise en place d’équipes pluridisciplinaires.  

 

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> Voir les sources

Rapport de la commission d'enquête du Sénat - La catastrophe de l’« Amoco Cadiz », Hachette littérature, 1978, https://www.senat.fr/rap/r77-486/r77-4861.pdf 

KADMIRI, .L. and ACHELHI, .H. 2021. Les facteurs humains et organisationnels de la sécurité industrielle : fondements et perspectives. International Journal of Management Sciences. 4, 1 (Jan. 2021). https://revue-isg.com/index.php/home/article/view/480/448 

Hanna Bridget, « Bhopal : catastrophe et résistances durables », Vacarme, 2006/1 (n° 34), p. 133-137. DOI : 10.3917/vaca.034.0133. URL : https://www.cairn.info/revue-vacarme-2006-1-page-133.htm 

Ministère chargé du développement durable – DGPR / SRT / BARPI (2011), « Explosion dans l’usine de fabrication d’engrais AZF, Le 21 septembre 2001, Toulouse (Haute-Garonne), France », Aria, fiche détaillée N° 21329 
https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/wp-content/files_mf/A21329_ips21329_005.pdf

Ministère chargé du développement durable – DGPR / SRT / BARPI (2009), « Rupture et inflammation d’un gazoduc, Le 30 juillet 2004, Ghislenghien, Belgique», Aria, fiche détaillée N° 27681 https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/wp-content/files_mf/A21329_ips21329_005.pdf
 

Kletz, T.A., (1978) Chemistry and Industry pp, 287–292 “What You Don’t Have, Can’t Leak”